La curatelle renforcée est une mesure de protection juridique prononcée par le juge des tutelles lorsqu'une personne adulte n'est plus en mesure de gérer seule ses affaires financières, sans pour autant avoir perdu toute capacité de discernement. Elle occupe une position centrale dans le dispositif français de protection des majeurs, entre la curatelle simple et la tutelle. Mais au-delà de la définition officielle, comprendre ce qu'est vraiment la curatelle renforcée demande de creuser les principes qui la fondent, que la plupart des guides n'expliquent jamais.
J'ai eu affaire à cette procédure il y a trois ans, lorsque ma mère a commencé à montrer des signes de fragilité cognitive importants. Ce qui m'a frappé dès le début, c'est le fossé entre la réalité humaine de la situation et la technicité des textes de loi. Les formulaires, les délais, le vocabulaire juridique : rien n'est intuitif. Ce texte est écrit pour ceux qui traversent exactement cette situation, et qui ont besoin d'une réponse claire, pas d'un résumé de l'article 440 du Code civil.

Qu'est-ce que la curatelle renforcée exactement ?
La curatelle renforcée est une mesure judiciaire de protection d'un majeur vulnérable dans laquelle le curateur perçoit et gère seul les revenus de la personne protégée, règle ses dépenses sur un compte dédié, et lui remet le solde disponible. Elle est prononcée par le juge des tutelles lorsque la curatelle simple s'avère insuffisante.
Le fondement légal de ce dispositif se trouve dans le Code civil. La distinction avec la curatelle simple, précisée par l'article 472 du Code civil relatif à la gestion des flux financiers, tient à un seul mécanisme fondamental. En curatelle simple, la personne protégée encaisse elle-même ses revenus et gère son budget au quotidien. En curatelle renforcée, c'est le curateur qui reçoit les ressources.
Cette différence peut sembler technique, mais elle a des conséquences très concrètes. La personne sous curatelle renforcée reste juridiquement capable d'accomplir certains actes seule : voter, se marier, rédiger un testament, exercer une activité professionnelle. Elle n'est pas mise sous tutelle, elle conserve une partie de sa personnalité juridique. Mais elle n'a plus accès directement à l'intégralité de ses ressources.

La loi du 5 mars 2007 portant réforme de la protection juridique des majeurs a profondément restructuré ce dispositif. Avant cette réforme, chaque mesure était souvent appliquée de façon automatique, sans véritable proportionnalité. La loi de 2007 a posé des garde-fous solides : toute mesure doit désormais être justifiée par un certificat médical circonstancié établi par un médecin agréé, et sa durée est limitée à cinq ans maximum (renouvelable sous conditions).
Nécessité, subsidiarité, proportionnalité : les trois fondements de la curatelle renforcée
Ce que les guides grand public n'expliquent presque jamais, ce sont les principes généraux qui encadrent toutes les mesures de protection des majeurs. Ces principes ne sont pas de la théorie abstraite. Ils déterminent si un juge prononce une mesure ou la refuse, comment un curateur peut (ou ne peut pas) agir, et sur quelle base une personne protégée peut la contester.
Votre proche a-t-il besoin d'une curatelle renforcée ?
Nécessité : la mesure doit être justifiée médicalement
Aucune mesure de protection ne peut être prononcée sans la démonstration d'une altération des facultés mentales ou corporelles de nature à empêcher l'expression de la volonté. C'est le principe de nécessité, posé par l'article 425 du Code civil. Le juge ne peut pas ordonner une curatelle renforcée sur la base d'une simple fragilité économique ou d'un comportement jugé imprudent.
Le certificat médical circonstancié est la pierre angulaire de ce principe. Il doit être rédigé, conformément aux exigences de la protection juridique des majeurs telles que le définit la réglementation, par un médecin inscrit sur la liste du procureur de la République et non par le médecin traitant habituel. Ce document décrit précisément les altérations constatées et leur impact sur la capacité à gérer ses affaires. Sans ce certificat, la requête est irrecevable.
Ce principe protège aussi contre les abus familiaux. Il n'est pas possible d'obtenir une curatelle renforcée pour gérer plus facilement le patrimoine d'un parent âgé si ce parent est encore parfaitement lucide. Le juge vérifie systématiquement que la mesure répond à une réalité médicale documentée.
Subsidiarité : la curatelle renforcée comme dernier recours ?
Le principe de subsidiarité signifie que la mesure judiciaire de protection ne doit intervenir que si aucune autre solution moins contraignante n'est possible. Avant de prononcer une curatelle renforcée, le juge doit s'assurer qu'une simple mesure d'accompagnement social ou médico-social, ou qu'une habilitation familiale, ne suffirait pas.
L'habilitation familiale (introduite par l'ordonnance du 15 octobre 2015) permet à un proche de représenter ou d'assister un membre de la famille sans passer par un régime de protection contraignant. Elle est souvent préférable quand les relations familiales sont saines et qu'il n'y a pas de risque de conflit. Le juge l'examinera avant d'envisager la curatelle.
Ce principe explique aussi pourquoi le juge commence souvent par prononcer une curatelle simple avant de la renforcer. La curatelle renforcée n'est pas le point de départ automatique : elle intervient quand la forme simple s'est avérée insuffisante pour protéger la personne.
Proportionnalité : adapter la mesure aux besoins réels
Le principe de proportionnalité impose que le régime de protection soit strictement adapté à l'état et à la situation de la personne. Le juge ne peut pas prononcer une mesure plus restrictive que ce que la situation exige. Si la curatelle simple suffit, il ne doit pas choisir la curatelle renforcée. Si la curatelle renforcée suffit, il ne doit pas prononcer une tutelle.
Ce principe a une conséquence directe : la mesure doit être réexaminée régulièrement. Si l'état de la personne s'améliore, la mesure doit être allégée. Si elle se dégrade, le juge peut aller jusqu'à la tutelle. Il ne peut pas laisser une mesure en place indéfiniment si la situation ne la justifie plus.
Ces trois principes forment le cadre constitutionnel dans lequel s'inscrit toute curatelle renforcée. Les méconnaître, c'est risquer de mal comprendre pourquoi un juge refuse une demande, ou au contraire pourquoi il allège une mesure que la famille pensait indispensable. J'ai vu des familles désemparées parce qu'elles ignoraient qu'un juge est tenu par ces règles, pas seulement par les faits médicaux.

Curatelle simple, renforcée, tutelle : quelles différences concrètes ?
Le dispositif de protection des majeurs comporte plusieurs niveaux de restriction de capacité juridique. La curatelle simple, la curatelle renforcée et la tutelle forment un continuum, dont les différentes mesures de protection juridique sont détaillées sur le portail officiel dédié aux personnes âgées. Voici comment elles se distinguent sur les points qui comptent vraiment.
| Critère | Curatelle simple | Curatelle renforcée | Tutelle |
|---|---|---|---|
| Base légale | Art. 440 Code civil | Art. 472 Code civil | Art. 440 al. 3 Code civil |
| Gestion des revenus | Par la personne protégée | Par le curateur (compte dédié) | Par le tuteur |
| Actes de la vie courante | Seul(e) | Seul(e) (argent de poche) | Avec autorisation du tuteur |
| Actes importants (vente, emprunt) | Avec assistance du curateur | Avec assistance du curateur | Représentation par le tuteur |
| Vote | Oui | Oui | Oui (depuis 2019) |
| Mariage / PACS | Avec assistance | Avec assistance | Avec autorisation juge |
| Testament | Oui, seul(e) | Oui, seul(e) | Avec autorisation juge |
| Compte rendu annuel | Non obligatoire | Obligatoire (greffier tutelles) | Obligatoire (juge) |
| Durée initiale max | 5 ans | 5 ans | 5 ans (10 ans si état stable) |
| Niveau d'altération requis | Modéré | Modéré à important | Important à sévère |
La différence entre curatelle simple et renforcée se joue donc principalement sur la gestion des flux d'argent. En curatelle simple, la personne touche elle-même son salaire, sa retraite ou ses prestations. En curatelle renforcée, le curateur perçoit tout, paie les charges fixes (loyer, factures, assurances) et remet à la personne une somme pour ses dépenses personnelles. Ce mécanisme de compte séparé est la caractéristique centrale de la curatelle renforcée.
La tutelle va beaucoup plus loin : la personne protégée est représentée, et non simplement assistée. Elle ne signe plus les actes importants, c'est le tuteur qui agit en son nom. Cette différence fondamentale explique pourquoi les juges hésitent souvent à prononcer une tutelle et préfèrent commencer par une curatelle renforcée.

Quel est le rôle du curateur en curatelle renforcée ?
Le curateur en curatelle renforcée n'est pas un simple assistant qui signe des formulaires. Il gère l'argent, répond aux administrations, protège les intérêts de la personne au quotidien. C'est beaucoup plus impliquant que la plupart des familles ne l'imaginent avant de se porter volontaires.
La gestion du compte séparé : comment ça fonctionne ?
La première obligation du curateur en régime renforcé est d'ouvrir un compte bancaire au nom de la personne protégée, distinct de son propre compte. Toutes les ressources de la personne (retraite, loyers perçus, allocations) sont versées sur ce compte. Le curateur règle ensuite les dépenses courantes : loyer, charges, abonnements, frais de santé, impôts.
La personne protégée reçoit régulièrement une somme destinée à ses dépenses personnelles, ce que le texte appelle le « disponible ». Ce montant est fixé en accord avec elle et doit lui permettre de mener une vie normale au quotidien : courses, loisirs, dépenses de confort. Le curateur ne peut pas décider seul de réduire ce disponible à néant.
Quand j'ai accompagné ma mère dans cette procédure, c'est cette question du disponible qui a été la plus délicate à calibrer. Trop faible, elle aurait eu l'impression d'être dépossédée de tout. Trop élevé, le risque de dépenses incontrôlées revenait au premier plan. La mandataire judiciaire professionnelle désignée a proposé un montant hebdomadaire, ce qui a été une bonne solution.
Quels actes nécessitent l'accord du curateur ?
Pour tout acte dit « de disposition », la personne sous curatelle renforcée doit obtenir l'accord de son curateur : vente d'un bien immobilier, souscription d'un emprunt, donation, renonciation à une succession. Ces actes impliquent des engagements financiers personnels qui peuvent modifier durablement le patrimoine de la personne protégée. Ils ne peuvent donc pas être accomplis seuls, même sous le régime de la curatelle renforcée.
Le curateur a aussi l'obligation de refuser son assistance si l'acte envisagé risque de porter préjudice aux intérêts de la personne. C'est une protection, mais c'est aussi une source de tension fréquente. Si la personne veut vendre son appartement pour financer un projet que le curateur juge risqué, il peut s'y opposer. La personne peut alors saisir le juge des tutelles pour trancher.

Le compte rendu annuel de gestion, une obligation stricte
Contrairement à la curatelle simple, la curatelle renforcée impose au curateur de remettre chaque année un compte rendu de gestion au greffier en chef du tribunal. Ce document détaille toutes les recettes, toutes les dépenses, l'état du patrimoine et les décisions prises dans l'année. C'est le principal outil de contrôle de la mesure.
Si le curateur est un proche (membre de la famille), il doit fournir ce compte rendu même sans expérience comptable préalable. Des associations de curateurs et des démarches tutelle et curatelle accessibles sur le portail officiel de la Justice peuvent aider à préparer ce document. En cas de manquement répété, le juge peut dessaisir le curateur et nommer un mandataire judiciaire professionnel.
Curateur familial ou mandataire judiciaire : quelle différence ?
Le curateur peut être un membre de la famille (conjoint, enfant adulte, frère, sœur) ou un professionnel inscrit sur la liste des mandataires judiciaires à la protection des majeurs (MJPM). Le juge nomme en priorité un proche, sauf si la situation familiale est conflictuelle, si aucun proche n'est disponible, ou si la complexité du patrimoine le justifie.
Le mandataire judiciaire professionnel est rémunéré selon un barème fixé par décret, financé en priorité sur les ressources de la personne protégée, et subsidiairement par la collectivité si les ressources sont insuffisantes. Il est soumis à des obligations déontologiques strictes et contrôlé régulièrement. Son intervention est souvent rassurante pour les familles qui craignent les conflits d'intérêts.

Quels droits la personne protégée conserve-t-elle ?
Une idée reçue très répandue consiste à croire que la curatelle renforcée prive la personne de tous ses droits. C'est faux. La curatelle, même renforcée, n'est pas une mise sous tutelle totale. La personne protégée conserve une capacité juridique partielle et des droits fondamentaux que ni le curateur ni le juge ne peuvent effacer.

Ce que la curatelle renforcée ne touche pas : les droits personnels
La personne sous curatelle renforcée vote librement. Elle peut se marier ou conclure un PACS, avec l'assistance du curateur (qui doit être informé du projet, sans pouvoir s'y opposer pour des raisons personnelles). Elle peut divorcer, reconnaître un enfant, établir sa filiation. Elle peut rédiger un testament sans aucune assistance.
Ces droits sont intangibles parce qu'ils touchent à la vie privée et à la liberté individuelle. La protection juridique ne doit pas se transformer en contrôle de la vie personnelle, ce qui inclut les projets de vie après la retraite que la personne souhaite construire librement. Un curateur qui tenterait d'empêcher le mariage de la personne protégée ou d'influencer son vote abuserait de sa mission et s'exposerait à des sanctions.
La personne protégée a le droit d'être informée et consultée
La personne protégée a le droit d'être informée de toutes les décisions prises en son nom. Elle doit recevoir une copie du jugement qui instaure la mesure. Elle a accès aux comptes que tient son curateur. Elle peut contacter le juge des tutelles à tout moment pour signaler un problème ou demander une révision de la mesure.
Ce droit à la participation est renforcé par la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées, ratifiée par la France en 2010. La personne protégée doit être associée aux décisions qui la concernent, dans la mesure de ses capacités. Une curatelle renforcée ne peut pas se traduire par une mise à l'écart totale de la personne dans la gestion de sa propre vie.
Comment contester ou faire réviser la mesure ?
La personne protégée peut faire appel du jugement qui prononce la curatelle renforcée dans un délai de quinze jours à compter de sa notification. Elle peut également, à travers un recours devant le juge des tutelles, demander une révision ou une mainlevée de la mesure en faisant valoir une amélioration de son état. Elle n'a pas besoin de l'accord de son curateur pour exercer ce droit.
Ce droit de recours est fondamental. Il garantit que la mesure reste proportionnée dans le temps et ne devient pas une situation figée dont personne ne peut sortir. En pratique, je conseille toujours aux familles de documenter l'évolution de l'état de la personne (progrès comme rechutes), car c'est cette documentation qui permettra au juge de réévaluer la mesure lors du renouvellement.
Comment demander une curatelle renforcée ?
La procédure suit un parcours balisé, mais qui peut sembler opaque si on l'aborde sans préparation. Chaque étape a ses contraintes propres, et en brûler une peut retarder l'ensemble du dossier de plusieurs semaines.

Étape 1 : qui peut déposer la requête ?
La demande de curatelle peut être déposée par la personne elle-même, son conjoint ou partenaire de PACS, ses ascendants (parents, grands-parents), ses descendants (enfants, petits-enfants), ses frères et sœurs, ainsi que par toute personne entretenant des liens étroits et stables avec elle. Le procureur de la République peut également saisir le juge d'office.
En pratique, ce sont très souvent les enfants adultes ou le conjoint qui déposent la requête. Si la personne est déjà suivie par un service médico-social, un travailleur social peut aussi formuler une demande au procureur. Il n'est pas obligatoire d'avoir un avocat pour déposer la requête initiale : la procédure est accessible sans représentation obligatoire.
Étape 2 : obtenir le certificat médical circonstancié
C'est l'étape la plus critique et souvent la plus longue. Le certificat doit être établi par un médecin inscrit sur la liste du procureur de la République du ressort du tribunal compétent. Ce n'est pas le médecin traitant habituel : le texte exige un médecin « choisi sur une liste établie par le procureur » pour garantir l'indépendance du diagnostic.
Ce médecin examine la personne et rédige un rapport décrivant précisément les altérations constatées, leur nature (cognitive, physique, psychiatrique), leur permanence ou leur évolution probable, et leurs conséquences sur la capacité à gérer ses affaires. Le coût de cette consultation, que la procédure d'ouverture de la curatelle prévoit à la charge du demandeur, peut être pris en charge dans certains cas par l'aide juridictionnelle. Le choix du médecin agréé dépend de la liste établie par le procureur de la République du ressort du tribunal compétent.
Étape 3 : déposer la requête au tribunal judiciaire
La requête est déposée au greffe du tribunal judiciaire du lieu de résidence de la personne à protéger (ou de l'établissement où elle réside). Elle comprend le formulaire Cerfa de requête en protection juridique, le certificat médical circonstancié, les pièces d'identité des deux parties, un inventaire sommaire du patrimoine, et tout document utile sur la situation de la personne. Rien d'insurmontable, mais il faut tout réunir avant de déposer.
Le greffe enregistre la requête et transmet le dossier au juge des tutelles. Une convocation est ensuite envoyée à toutes les parties pour une audience ; le Ministère de la Justice publie des indicateurs sur les délais moyens par juridiction, qui varient selon la charge du tribunal. Le délai entre le dépôt et l'audience peut aller de quelques semaines à plusieurs mois selon l'urgence de la situation. Une audience express peut être demandée en cas de danger immédiat pour la personne à protéger.
Étape 4 : l'audience devant le juge des tutelles
L'audience est une étape souvent redoutée, mais qui se déroule généralement dans un cadre bienveillant. Le juge des tutelles n'est pas là pour juger moralement la famille : il est là pour évaluer la situation et prononcer la mesure la mieux adaptée. Il entend la personne à protéger en premier, séparément si besoin. Il reçoit ensuite les proches et le requérant.
Le juge peut décider sur le champ, ou reporter pour demander des compléments d'information. Il peut prononcer une curatelle simple plutôt que renforcée, ou au contraire estimer que la situation justifie une tutelle. Il nomme le curateur dans le même jugement, en précisant ses pouvoirs et ses obligations. La décision est notifiée par courrier recommandé.

Quand ma mère a été convoquée à l'audience, j'ai eu peur qu'elle vive cette étape comme une humiliation. En réalité, le juge a pris beaucoup de temps pour lui expliquer ce qui allait se passer et pourquoi. Il lui a demandé son avis sur le choix du curateur. Elle est ressortie de l'audience en comprenant que cette mesure était là pour la protéger, pas pour la punir. Cette humanité du processus m'a surpris et rassuré.
Durée, révision et mainlevée : comment évolue la mesure ?
La curatelle renforcée n'est pas une mesure définitive. C'est même l'un de ses points forts : le dispositif est conçu pour évoluer avec l'état de la personne. Elle peut être allégée, renforcée, ou levée. Rien n'est figé.
Quelle est la durée maximale d'une curatelle renforcée ?
Le juge des tutelles fixe la durée de la mesure dans son jugement initial. Cette durée ne peut pas excéder cinq ans. À l'issue de cette période, la mesure prend fin automatiquement si elle n'est pas renouvelée. Le juge doit réévaluer la situation avant l'échéance et décider soit de la mainlevée, soit du renouvellement, soit de la transformation de la mesure (passage en curatelle simple ou en tutelle).
Depuis la loi de programmation 2018-2022, une dérogation existe pour les situations médicales stables et irréversibles. Dans ce cas, le juge peut prononcer un renouvellement pour une durée allant jusqu'à vingt ans. Mais cette exception reste encadrée : les ressources de la personne, en particulier ses produits d'épargne réglementée comme le LEP, continuent de relever du suivi comptable annuel du curateur, et la personne peut toujours demander une réévaluation de la mesure.
Comment demander une révision ou une mainlevée ?
Toute personne ayant qualité pour demander l'ouverture d'une mesure peut également demander sa révision ou sa mainlevée. La personne protégée peut le faire directement, sans l'accord de son curateur. Il suffit d'adresser une lettre au juge des tutelles en exposant les motifs : amélioration de l'état de santé, mise en place d'une autre solution de protection, changement de situation familiale.
Le juge peut ordonner un nouvel examen médical avant de statuer. S'il constate que la mesure n'est plus justifiée, il prononce la mainlevée et la personne retrouve sa pleine capacité juridique. S'il estime que la mesure doit être allégée, il peut transformer la curatelle renforcée en curatelle simple. Si au contraire la situation s'est aggravée, il peut prononcer une tutelle.
Que se passe-t-il en cas de décès du curateur ou de la personne protégée ?
En cas de décès du curateur, la mesure de curatelle ne s'éteint pas automatiquement. Le juge des tutelles est informé et nomme un nouveau curateur dans les meilleurs délais. Si c'est un proche qui décède, un mandataire judiciaire professionnel peut être nommé à titre provisoire, le temps que la famille se réorganise.
En cas de décès de la personne protégée, la mesure prend fin immédiatement. Le curateur doit rendre un compte définitif de sa gestion aux héritiers dans un délai raisonnable, en particulier concernant les actes notariés liés à la succession, dont l'attestation dévolutive qui établit la qualité d'héritier. Les héritiers peuvent contester ce compte s'ils estiment que la gestion n'a pas été conforme aux intérêts de la personne protégée.
Ce que les familles demandent le plus souvent
Après huit ans à vulgariser le droit pour le grand public, j'ai collecté des dizaines de questions récurrentes sur la curatelle renforcée. En voici les réponses directes, sans détour.
La personne protégée peut-elle refuser la curatelle renforcée ?
Oui, elle peut s'y opposer et le juge doit l'entendre. Mais l'opposition ne suffit pas à empêcher le prononcé de la mesure si les éléments médicaux sont suffisamment solides. Le juge pèse l'opposition de la personne au regard de sa capacité à exprimer une volonté éclairée. Si l'altération des facultés est avérée, la mesure peut être prononcée malgré l'opposition.
Le curateur peut-il être rémunéré ?
Si le curateur est un proche (membre de la famille), il n'est en principe pas rémunéré. Il peut percevoir une indemnité spéciale si la gestion du patrimoine est particulièrement complexe, avec l'autorisation du juge. Si c'est un mandataire judiciaire professionnel, sa rémunération est encadrée par un barème réglementaire et prélevée sur les ressources de la personne protégée, dans la limite de 8 % des revenus bruts annuels.
Un curateur peut-il vendre la maison de la personne protégée sans son accord ?
Non. En curatelle renforcée, le curateur ne peut pas vendre un bien immobilier appartenant à la personne protégée sans obtenir son consentement et l'autorisation du juge des tutelles. La personne conserve la propriété de ses biens. La vente d'un bien important requiert une procédure spécifique, avec évaluation par un expert, et peut faire l'objet d'un recours.
Quelle différence avec l'habilitation familiale ?
L'habilitation familiale (art. 494-1 du Code civil) est moins contraignante administrativement : pas de compte rendu annuel obligatoire, pas de MJPM imposé, procédure plus rapide. Mais elle est aussi moins protectrice : pas de contrôle judiciaire systématique, plus grande marge d'action pour le proche habilité. Elle convient aux situations simples avec des familles soudées. La curatelle renforcée est préférable quand il y a des risques de conflit ou un patrimoine complexe à gérer.
La curatelle renforcée figure-t-elle dans un registre public ?
Non, la mesure n'est pas accessible au grand public. Elle est inscrite dans un répertoire civil tenu au tribunal, et une mention est portée en marge de l'acte de naissance de la personne protégée. Les tiers (banques, notaires) peuvent consulter ce registre, mais la mesure n'est pas diffusée au-delà du cercle strictement nécessaire. La confidentialité est garantie par la loi.
Questions fréquentes sur la curatelle renforcée
Qu'est-ce que le principe de la curatelle renforcée ?
La curatelle renforcée repose sur trois principes juridiques : nécessité (une altération médicale doit être prouvée), subsidiarité (elle n'intervient que si aucune mesure moins contraignante ne suffit) et proportionnalité (la mesure doit être strictement adaptée à l'état de la personne). Concrètement, le curateur perçoit et gère les revenus de la personne protégée sur un compte séparé, lui remet un disponible personnel, et rend compte annuellement au greffier des tutelles.
Quelle est la différence entre curatelle simple et curatelle renforcée ?
En curatelle simple, la personne protégée perçoit elle-même ses revenus et gère ses finances au quotidien : le curateur l'assiste seulement pour les actes importants (ventes, emprunts). En curatelle renforcée, c'est le curateur qui reçoit tous les revenus, règle les dépenses fixes sur un compte dédié, et remet un solde à la personne protégée pour ses dépenses personnelles. Cette gestion directe des flux financiers est la distinction centrale entre les deux régimes.
Comment demander l'ouverture d'une curatelle renforcée ?
La demande se dépose au greffe du tribunal judiciaire du lieu de résidence de la personne à protéger. Le dossier comprend un formulaire Cerfa de requête, un certificat médical circonstancié établi par un médecin agréé par le procureur de la République, les pièces d'identité, et un inventaire sommaire du patrimoine. Un avocat n'est pas obligatoire pour la requête initiale. Le juge des tutelles convoque ensuite les parties pour une audience avant de statuer.
Quels droits conserve une personne sous curatelle renforcée ?
La personne sous curatelle renforcée conserve l'essentiel de ses droits civiques et personnels : droit de vote, droit de se marier ou de conclure un PACS (avec information du curateur), droit de divorcer, de reconnaître un enfant, de rédiger un testament. Elle peut aussi exercer une activité professionnelle. Elle n'est pas représentée comme en tutelle : elle reste juridiquement capable d'agir seule pour les actes courants, et assistée seulement pour les actes de disposition importants.
Combien de temps dure une curatelle renforcée ?
La durée initiale d'une curatelle renforcée est fixée par le juge et ne peut pas dépasser cinq ans. À l'échéance, le juge réévalue la situation et décide soit de la mainlevée, soit du renouvellement (pouvant aller jusqu'à vingt ans en cas d'état stable et irréversible médicalement établi), soit d'une transformation en curatelle simple ou en tutelle. La personne protégée peut demander une révision à tout moment, sans l'accord de son curateur.
Un curateur peut-il prendre des décisions sans consulter la personne protégée ?
Non. En curatelle renforcée, le curateur assiste la personne protégée : il ne la remplace pas. Pour tout acte important (vente d'un bien, emprunt, donation), le consentement de la personne est requis, en plus de l'autorisation du juge. Pour la gestion courante, le curateur agit de façon autonome mais doit respecter les intérêts et le bien-être de la personne, lui remettre un disponible suffisant, et l'informer des décisions prises. Tout manquement peut être signalé au juge des tutelles.
Peut-on passer directement en curatelle renforcée sans passer par la curatelle simple ?
Oui. Le juge peut prononcer directement une curatelle renforcée dès l'ouverture de la mesure, sans étape préalable en curatelle simple. C'est souvent le cas quand le certificat médical établit clairement que la curatelle simple serait insuffisante pour protéger la personne. Il n'y a pas d'obligation légale de passer par la forme simple avant la forme renforcée : le juge adapte la mesure à la situation médicale et patrimoniale dès le départ.